Adieu Manu Dibango :

Adieu Manu Dibango :

Adieu « papa » au monde des ancêtres !

Emmanuel N’Djoké Dibango est né à Douala Cameroun, en décembre 1933. Décédé le 24 mars 2020 à Paris, atteint du Covid-19. Manu Dibango, nom par lequel il était connu, aurait passé six des huit décennies de sa fructueuse vie à créer des ponts culturels et générationnels à travers des rythmes. 

De la chorale locale à la scène internationale

La révélation de Manu Dibango à la mélodie commença à Douala. Enfant, il avait suivi sa mère pour chanter dans la chorale de l’église protestante de son quartier. Ce fut là l’éveil de sa sensibilité musicale et il gardera le lien avec les rythmes sacrés notamment chrétiens tout au long de sa vie.

Après des débuts ordinaires à Bruxelles puis au Congo (ex Zaïre), où il avait exercé comme pianiste, son aventure musicale mixée l’avait conduit au Cameroun, son pays natal, en Côte d’Ivoire et dans plusieurs autres pays, où il apparaissait en scène à coté de Fela Anikulapo Kuti, dans la célèbre Kalakuta Republic à Lagos. On peut aussi dresser un tableau impressionnant de passages de Manu Dibango dans plusieurs pays en Europe, en Amériques ou dans les Iles des Caraïbes, etc.

Laboratoire de métissage de musiques

Tout le travail de Manu Dibango était un grand laboratoire de métissage de la musique aussi bien africaine que latino-caribéenne… A travers sa musique, il traversait sans aucun obstacle, les frontières qui pourraient exister entre d’un côté les rythmes initiatiques ancestraux africains et les rythmes populaires chrétiens, et de l’autre les rythmes de la Jamaïque et les Jazz afro-américains. Son cocktail rythmique est aussi une combinaison du soul et du disco sans scrupule. Les tubes comme « soul Makossa » et Sango Yesu Kristo (un chant de louange chrétien, qui combine le jazz et les rythmes populaires du Douala) sont des exemples du panachage musical de notre géni de la musique métissée. Ses créations comme le « Soul Makasso », ont inspiré des idoles du show musical partout dans le monde. Les grandes stars internationales Michael Jackson avait repris Soul Makossa en 1982 dans « Thriller » et Rihanna en 2007 dans « Don’t stop The Music ».

Pour Manu Dibango, faire de la musique n’était pas un moyen d’enrichissement personnel ou d’acquérir de la célébrité et de la notoriété politique. La musique était pour lui un partage de savoir et une transmission de patrimoine culturel métissé aux générations à venir.

Des concerts…. « Carrefours »

Tout au long de sa longue et rocambolesque carrière de musicien, Manu Dibango avait organisé des concerts sous l’étendard des carrefours interculturel, interconvictionnel et intergénérationnel des artistes. Un des exemples de ce rendez-vous musical et de rythme carrefour avait eu lieu lors des anniversaires de ses soixante ans de carrière et quatre-vingt  ans de naissance[1]. Plusieurs de ces manifestations réussirent à réunir les ténors de la musique de toutes traditions et styles musicaux.

Ambassadeur de la paix…chevalier de la Légion d’honneur

Manu Dibango était un aventurier de la musique qui, à la fin de sa vie, était devenu ambassadeur de la paix et du vivre ensemble à travers les rythmes du monde : « En 2004, l’Unesco le nomme artiste pour la paix pour ses diverses luttes : contre la faim dans le monde, mais aussi pour la libération de Nelson Mandela, ou encore pour la liberté d’expression. La France le fera à son tour chevalier de la Légion d’honneur en 2010 »[2]

Fidèle à sa philosophie de la paix à travers la rencontre des cultures, Manu Dibango s’engagea non pas dans le combat des revendications identitaires, mais surtout à la libération de la dignité de la personne humaine quelle que soit son origine. Son combat planétaire était fondamentalement humanitaire et depuis quelques années, écologique. C’est ainsi qu’en 1985, il participa avec plusieurs artistes comme Salif Keïta du Mali, Max Roach du Caroline du Nord aux Ets-Unis et Eddy Louiss de la Martinique.

En 2018, suite à la démission de Nicolas Hulot (ex ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire 2017-2018), il signe la pétition lancée par Juliette Binoche et Aurélien Barrau, pour une action « ferme et immédiate » afin de sauver la planète du réchauffement climatique[3].

Les archives culturelles Lyonnaises

Les archives culturelles lyonnaises conservent plusieurs passages de la légende de l’afro-jazz. Selon l’article du Progrès intitulé « La longue amitié de Manu Dibango et de la région, du Transborder à Jazz à Vienne » de 24 mars 2020, le « maître de ‘l’afro-électro-funk’ »[4] fit au moins huit apparitions dans la Région pendant sa carrière de compositeur, de chanteur et de saxophoniste. Sa dernière performance avait eu lieu en juillet 2019 où il avait honoré la compagnie de l’Orchestre Nationale de Lyon et les artistes Flavia Coelho et Manu Gallo, de son « Safari Samphonique ». Ceux qui avaient participé à cet événement se souviendront pendant plusieurs années de ses éclats de rire pleins de douceurs.

Pour des individus et des organismes engagés dans la rencontre des cultures et la promotion de la diversité partout dans le monde, Manu Dibango demeure une icône d’inspiration pour les générations à venir. 

Adieu dans le monde des ancêtres pour ton concert éternel

Chez son people Douala, de son statut de « muna wonja » (fils authentique et libre du pays), de la qualité de sa vie de rassembleur et de sa liberté d’esprit au-delà des forêts, des rivières, des océans, de sa longévité de vie fructueuse, Manu Dibango, sorcier des rythmes et des instruments musicaux n’est pas mort ; il change seulement d’apparence. Il effectue le passage du monde visible au monde invisible des esprits protecteurs qui fécondent la terre et ses fragiles habitants. Il demeure désormais dans le monde sensoriel où il participe dans l’éternel concert des génies. C’est pourquoi tout ce que les mortels peuvent dire c’est : Adieu…adieu dans la compagnie des glorieux et glorieuses ancêtres. Que la terre te soit douce !

Soirée hommage et éloge funèbre au Carrefour des Cultures Africaines « CCA »

Pour manifester le respect à l’endroit du « vieux » et papa Manu, qui a désormais, rejoint, le rang des ancêtres, le Carrefour des Cultures Africaines avait prévu une soirée hommage-éloge « Manu Dibango », l’un des pionniers de la culture africaine ; soirée qui devait, en principe, se tenir le 21 juin 2020, à l’occasion de la fête de la musique. Malheureusement, l’événement n’aura plus lieu à cette date, compte tenu du respect strict des règles de la distanciation sociale à observer et de l’incertitude quant à l’annonce officielle, par le gouvernement, de la fin du confinement total et de la levée de l’état d’urgence.

Cependant, puisque les funérailles d’un vieux se fêtent au pluriel, c’est-à-dire durant plusieurs mois, une nouvelle date sera décidée et communiquée à travers nos réseaux sociaux.

Contact pour être informer de la nouvelle date de la soirée hommage Manu Dibange et toutes nos activités : https://carrefourculturesafricaines.org/contact/

Pour une autobiographie de Manu Dibango : Visitez Manu Dibango (2019) | Entretien Sacem sur Youtube.com


[1] Cf. interview « Manu Dibango et Laurent Bidot », le 10/05/2014 sur KTO.

[2] Cf. le Numéro, « Hommage à Manu Dibango, pape de l’afrobeat et du world jazz », 24 mars 2020

[3] Cf. Le Monde : « Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité » : l’appel de 200 personnalités pour sauver la planète. 3 septembre 2018.

[4] Cf. Le Progrès 24 mars 2020.

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