LE RYTHME MUSICAL EN AFRIQUE NOIRE – 16 juin 2018

LE RYTHME MUSICAL EN AFRIQUE NOIRE – 16 juin 2018

Le 16 juin après midi a eu lieu la journée togolaise; organisée par le CCA en collaboration avec trois associations togolaises sur Lyon et environs. Une première pour ces associations de porter ensemble un projet malgré leurs différences ethniques. Plus de 120 personnes (togolais, africains d’autre pays et européens) de toutes âges ont participé aux différent événements de la journée. Une conférence sur le sens de la musique pour les populations africaines intitulée ” Le rythme musical en Afrique noir” par Christian Elo Gaba était une occasion de comprendre le rôle vital de la musique et des rythmes dans la structure socioculturelle, les cultures d’origines africaines sur le continent et en diaspora. Un autre événement qui a beaucoup plu au public était un conte accompagné d’un ballet ainsi que de la danse traditionnelle. Tous, adultes, jeunes et enfants se retrouvaient emportés par le rythme des tam-tam et des instruments de musiques qui accompagnaient le récital des conteurs.

LE RYTHME MUSICAL EN AFRIQUE NOIRE.

La Musique vient du latin “Musica” et peut se définir comme : “L’art de combiner les sons de façon agréable à l’oreille”. En Afrique noire la définition occidentale devient incomplète. Au Togo aucun mot ne définit clairement la musique dans nos dialectes. On chante, on danse, on joue d’un instrument. Cependant, Francis BEBEY un chercheur et musicien camerounais pense que la Musique en Afrique est “l’art d’exprimer la vie au moyen de sons combinés d’une manière agréable ou non. Il ressort de cette redéfinition que la Musique en Afrique fait partie intégrante de la vie de l’homme noir. Elle suit son évolution de sa naissance à sa mort. La Musique est basé sur le rythme; et ce rythme là est celui de la vie, de la nature…
La Musique noire ainsi définie touche tous les domaines de l’activité de l’homme noir, de la pêche à la chasse, des travaux des champs aux pilages de mil, du mariage aux funérailles etc… Aussi, tous les bruits y sont représentés soit à l’état pur, soit par des instruments aux sons nets ou salis, soit encore par la voix naturelle ou déformée..
La Musique en Afrique noire, en général et au Togo en particulier, remplit plusieurs fonctions.

LES DIFFERENTES FONCTIONS DU RYTHME EN AFRIQUE

1) La Musique, outil de communication entre les hommes et les divinités.

La Musique dans la conception négro-africaine, est l’outil privilégié de communication entre les humains et le monde divin. Aucune cérémonie, aucun rite ne se pratiquent sans le support du rythme, de la Musique et de la danse. Chez de nombreuses ethnies, les rites d’identification (donner un nom à un nouveau né) et d’initiation donnent lieu à des manifestations musicales. Cette musique rituelle intervient par exemple à la naissance de jumeaux chez les Ewé du Togo, les Bariba du nord Bénin, les Sara de Centrafrique, les Yansi du Cameroun etc…. Le caractère sacré accordé à la Musique, fait qu’il y a des Musiques, des rythmes qu’on ne joue pas n’importe comment, n’importe quand, n’importe où, avec n’importe quel instrument et par n’importe qui.
Certains instruments ne s’entendent qu’à l’occasion du décès d’un roi. Tel est le cas du tambour “Atoumpani” (grands tambours à taille humaine) chez les Ashanti du Ghana. En dehors de cet événement, le tambour reste caché.
On raconte encore aujourd’hui chez les Ewé du Togo et du Ghana, qu’il n’est pas bon de faire de la Musique seul et tard dans la nuit dans des endroits déserts, car on risque d’attirer les génies.

2) La Musique, instrument de communication entre les hommes.

La Musique est un mode de communication entre l’homme et son environnement, un mode d’expression sociale. A ce titre elle occupe une place de choix dans de nombreuses langues africaines.
Chez les Ewé du Togo le mot : “ESO” signifie à la fois le cheval ‘a) , il a pris (b) et demain ou hier (c)

L’instrument de Musique se colle à la langue , la parle et devient une sorte de téléphone reliant les hommes. D’où l’origine du langage tambouriné constitué d’un système de codes qui relèvent à la fois de la langue et de la Musique. La drumologie du professeur Niangoran Bouah, est l’étude et l’utilisation des textes des tambours parleurs africains. Les messages transmis par ce biais n’ont rien à envier au téléphone actuel.
L’utilisation du langage tambouriné répond à une nécessité d’ordre social: celui de transmettre des messages sur tous les événements de la vie (naissance, décès, incendie et organisation des secours, envoie d’alertes, messages royaux etc…). Le langage tambouriné est cependant limité dans son décodage à l’ethnie qui parle la langue utilisée par l’instrument.

3) Musique et divertissement en Afrique noire.

L’étroite relation entre la Musique, la danse, la parole et finalement la vie sociale elle-même dominée par la religion, rend difficile d’établir une distinction entre la Musique profane et la Musique sacrée. La Musique en Afrique noire englobe tout, du social au sacré, du fonctionnel à l’économique. Qu’elle soit profane ou religieuse, la fête en Afrique, a souvent été l’occasion d’exhorter des valeurs menacées telles que la générosité, le sens de l’honneur, la dignité, le courage, la solidarité et l’espoir. Cette dernière vertu continue à régir les cérémonies brésiliennes parmi lesquelles le “CADOMBLE”, la “MACUMBA”, rites Yorouba transplantés au Brésil..
Les principaux acteurs de cette musique de divertissement demeurent le griot et les musiciens. Ce sont eux qui animent la société par leurs rythmes obstinés, leurs percussions qui conduisent souvent jusqu’à la transe, jusqu’à l’union avec Dieu.

4) La musique, outil de motivation au travail.

L’utilisation de la musique comme support de travail n’est pas unique à l’Afrique traditionnelle. Déjà dans l’histoire antique de la Grèce, de Rome…on note sa présence comme centralisateur des énergies déployées par les esclaves et les prisonniers des grands chantiers de construction. Ces forçats ne ramaient-ils pas en cadence dans les galères ?
En Afrique noire la Musique au travail correspond à un besoin : celui de travailler en groupe et dans une ambiance de joie, de bonne humeur. Cette pratique se retrouve chez presque toutes les ethnies. Elle continue de nos jours mais dans une forme plutôt informelle chez certains corps de métier tels que les maçons, les agriculteurs… Je me suis particulièrement intéressé à cette Musique fonctionnelle dans mon Mémoire de DEA. Chez les agriculteurs, les pêcheurs par exemple, les groupes se composent en deux entités :
* Celle de ceux qui sont en contact direct avec la matière;
* Celle des musiciens qui ont droit aux mêmes considérations que les premiers.
La Musique ou le rythme musical est par là, le moteur de tout travail collectif. Sa force est telle qu’elle élimine pour un temps, la faculté de penser et dicte directement au corps les mouvements à exécuter pour atteindre un résultat donné.
La Musique au travail a joué un rôle considérable au delà des frontières africaines, notamment avec les esclaves transplantés dans le “nouveau monde”. C’est elle qui, selon Francis Bebey ( ) rythmait les travaux dans les plantations de coton, de canne à sucre du sud des Etats-Unis. Le répertoire considérable des chants de travail dans les plantations constitue les bases des négro-spirituals, du blues, du jazz, des Musiques antillaises et brésiliennes et toutes les autres formes musicales qui en sont issues.

5) Musique et thérapie en Afrique noire

a) La maladie en Afrique noire

Le rôle de La musique dans la thérapie est considérable en Afrique .Pratiquement aucune guérison ne s’opère sans l’intervention de chants, de percussions et autres instruments..
L’étude de l’étiologie de la maladie en Occident nous enseigne que la maladie vient des microbes. Or les microbes n’expliquent pas tout aujourd’hui. Il y a des « mystères » et d’autres choses.
En Afrique noire, la maladie est une réalité dont les causes relèvent du domaine de l’invisible, du surnaturel. (malédiction, châtiment divin…)La maladie est considérée comme un désordre, une rupture de l’ordre établi avec l’harmonie sociale. (Importance du GROUPE qui prime sur l’individu.

b) Musique et guérison

Les Africains ont compris depuis la nuit des temps l’impact que la musique a sur l’homme malade et sur le mal lui même. Cette pratique appellée musicothérapie en Occident, est l’utilisation de la musique dans un but thérapeutique.. Mais cette thérapie n’est pas nouvelle. Déjà des peuples anciens entrevoyaient les pouvoirs quasi magiques des effets sonores et musicaux sur les hommes…
Christian Elo Gaba Extrait de mon mémoire de DEA : « Musique et motivation de hommes en situation de travail »

BEBEY (Francis) : Afrique noire. Musique ancestrale pour un monde à venir. In revue Culture N° 3 Vol. 1. 1974. P. 231.

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